Du neuf chez Leclerc
Michel Leclerc vient de prendre une initiative "citoyenne" : retirer les confiseries des présentoirs en caisses pour faire plaisir à Mme Bachelot, contribuer à la lutte contre l'obésité des jeunes en fants (même s'il n'y croît pas beaucoup), et améliorer son image de marque, déjà excellente puisqu'il n'a pas de concurrent sur cette question. Il a chiffré l'opération à 5 millions d'euros, ce qui n'est pas excessif pour consolider sa vertu.
La presse, qui n'a pas beaucoup de mémoire, annonce qu'il s'agit d'une "première". Dans la décennie 80, Carrefour, qui était loin d'être détenu par un fonds d'investissement, mais encore managé par ses fondateurs, les frères Defforey, défendait quelques principes éthiques, dont celui-ci : rien à vendre aux caisses, ni confiseries, ni chewing-ums, ni lames de rasoirs, rien. Il ne s'agissait pas de combattre l'obésité, mais la tentation.
Jacques Defforey pensait que les clients étant déjà obligés de faire la queue aux caisses, on ne serait pas honnête de leur faire payer l'attente une deuxième fois. Autres temps, autres moeurs. Quand les champions du marketing ont pris le pouvoir, finis les principes!
Michel Leclerc, par ailleurs, nous raconte à longueur de pub qu'il ne peut pas comparer ses prix avec ceux de Carrefour parce qu'on lui refuse l'accès aux magasins. Or, rien n'est plus simple pour connaître les prix de la concurrence (et l'Etat pourrait s'en inspirer) : il suffit de demander aux consommateurs d'envoyer leurs tickets de caisse à une adresse donnée et de mettre en place un dispositif pour les analyser. Dans le contexte actuel de tension sur le pouvoir d'achat, ils seront des milliers à le faire. Et la compétition locale, car c'est localement que se joue la concurrence, deviendra transparente.
J'ai bien entendu écrit à Michel Leclerc à ce sujet. Mais ses multiples filtres ont dû lui cacher cette suggestion. A moins qu'il ne préfère le statu quo ?