1000 m2. Pour qui ?
On a déjà beaucoup parlé de la nouvelle souplesse qui pourrait être introduite dans les autorisations de surfaces de vente : passer de 300m2 à 1000m2 devrait stimuler la concurrence, faire baisser les prix, accroître le pouvoir d’achat. Pourquoi 1000m2, et pas 2000, 5000, voire pas de limite. Tant qu’à faire, sortons de l’hypocrisie actuelle et laissons à chacun le droit de tenir commerce comme il l’entend, les clients voteront avec leurs pieds. Choisissons « la liberté de produire ».
Il est certain que la concurrence fait baisser les prix. Trois lois l’ont empêchée : Royer en 1973, Galland, puis Raffarin plus récemment. Tous de droite. Au nom de la défense et protection du petit commerce, lequel est tout de même mort parce qu’inadapté aux désirs des clients, remplacé par des commerces de « dépannage » (arabes, turcs) et de petites succursales des grands groupes (Casino, Huit-à-huit, Marché Plus, etc.).
A l’Assemblée, le 27 mai, des parlementaires vont encore gesticuler pour sauver leurs « commerces de proximité ». Clientélisme électoral d’autant plus ridicule que cette catégorie est quasiment rayée de la carte et que ceux qui ont survécu ne sont plus menacés. Les puissants ne guignent pas ces dernières miettes.
En fait, la question n’est pas là. Ce qu’il faut plutôt se demander, c’est qui va profiter de l’aubaine, qui va se porter volontaire pour ouvrir de nouveaux « hard-discount », puisque c’est de cela qu’il s’agit ? Certainement pas Carrefour qui cherche à vendre sans succès ses magasins Ed depuis deux ans. Sans doute pas les allemands Aldi et Lidl qui n’ont pas voulu de Ed, ou alors à la marge. Peut-être des Leader Price, mais en quoi contribueront-ils à faire baisser les prix tant qu’ils sont dans la main de Casino, le distributeur le plus cher de « la bande des six » ? Certainement pas Leclerc, ni Intermarché, ni Unico, ni même Auchan, qui n’ont jamais eu de stratégie offensive sur ce segment de marché. C’est que le hard-discount, ça ne rapporte pas grand-chose… et puis c’est pas très gai.
Des nouveaux entrants ? Mais qui aurait intérêt à troubler le jeu de l’oligopole en place ? Et comment, sans volumes, obtiendrait-il de meilleures conditions fournisseurs ? L’intérêt de la grande distribution pour le hard discount n’a jamais été de travailler le prix bas mais de préserver ses arrières, ce qu’elle a parfaitement réussi. Madame Lagarde offre aux consommateurs la concurrence… mais il n’y a plus de concurrents disponibles.
Bien sûr, dans 1000m2, on pourrait faire plein de choses nouvelles : rapprocher les producteurs des clients, supprimer nombre d’intermédiaires, raccourcir les circuits, relier Internet au point d’enlèvement, ouvrir des caisses sans caissières… Toute l’histoire de la distribution s’est écrite en inventant de nouveaux concepts. Mais c’est une autre affaire. On n’en parlera pas le 27 mai.
Patrick d’Elme, Consultant. delme.patrick@wanadoo.fr
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